GEA : Quand l’IA cesse de recommander pour commencer à vendre
Guilhem Bodin, Partner AI & agentic, Converteo
Partner chez Converteo et spécialiste des stratégies IA, Agentique & Data, Guilhem Bodin accompagne les directions Marketing et Digital dans la transformation de leurs opérations autour de la définition de stratégies agentiques, l’optimisation des parcours clients à l’ère conversationnelle et la mesure de l’impact business de leurs investissements IA.
À retenir
- L’illusion d’une IA neutre se dissipe au profit d’un modèle où la recommandation devient un canal de vente, donnant naissance au GEA (Generative Engine Advertising).
- Google possède un avantage stratégique majeur, car son écosystème publicitaire existant (Performance Max, flux Shopping) est déjà prêt à être intégré dans les réponses de Gemini.
- Pour survivre, les marques doivent enrichir leurs flux produits avec des données contextuelles (bénéfices, usages), les rendant « lisibles » et pertinents pour les moteurs conversationnels.
L’illusion d’une intelligence artificielle neutre, guidée par la seule pertinence, capable de recommander “le meilleur” produit est en train de se dissiper. Non par une annonce fracassante, mais par une série de signaux faibles, techniques et économiques, qui dessinent une trajectoire limpide : l’IA conversationnelle ne se contentera pas de conseiller, elle deviendra un canal de vente à part entière.
La question n’est plus si la publicité arrivera dans les assistants IA, mais comment et qui en définira les règles. Sur ce terrain, l’écart stratégique entre Google et OpenAI est déjà visible.
Google Shopping dans Gemini : les prémices d’une révolution
Des tests récents ont mis en évidence l’apparition de fiches Google Shopping directement au sein de conversations Gemini, lors de requêtes explicitement transactionnelles. Officiellement, Google a tempéré certaines interprétations et démenti toute annonce formelle d’un déploiement publicitaire généralisé à court terme. Mais le point essentiel est ailleurs : l’infrastructure existe, les briques sont en place, et les expérimentations sont bien réelles.
Nous assistons à l’émergence d’une nouvelle discipline : après le GEO, s’ouvre désormais l’ère du GEA : le Generative Engine Advertising. Une logique où la visibilité ne se joue plus seulement sur la qualité du contenu, mais sur la capacité à être sélectionné et recommandé par un système conversationnel intégré à l’acte d’achat.
GEA has entered the chat : l’avantage stratégique de Google
Sur ce terrain, Google dispose d’un avantage décisif. Non pas parce qu’il aurait réinventé la publicité, mais précisément parce qu’il n’a pas eu besoin de le faire. Performance Max, AI Max, les flux Shopping : ces dispositifs, que les annonceurs utilisent déjà, n’étaient pas de simples outils d’automatisation. Ils constituent un socle prêt à être injecté dans les réponses de Gemini.
Aucun changement radical d’interface n’est nécessaire : la continuité est totale entre intention, recommandation et conversion. Cette continuité suppose une évolution silencieuse mais décisive côté marques : les flux produits ne peuvent plus se limiter à des attributs techniques ou promotionnels. Pour exister dans une réponse générée par un LLM, ils devront intégrer davantage de contexte d’usage, de bénéfices consommateurs et de signaux d’intention – autrement dit, être conçus pour rendre une recommandation immédiatement actionnable.
L’assistant d’achat de Google vs. l’assistant universel d’OpenAI: deux visions
C’est précisément cette capacité à transformer une intention en acte qui marque la différence d’approche. Là où OpenAI ambitionne de devenir un assistant universel, Google s’oriente vers un assistant d’achat. En intégrant des logiques publicitaires directement au cœur des réponses transactionnelles, l’IA ne se contente plus d’éclairer une décision : elle la clôt. La friction disparaît, la recommandation devient actionnable, et la valeur se capture au moment le plus critique du parcours.
La seule inconnue réside dans le timing et dans la dynamique concurrentielle : Google activera-t-il ce levier en premier, ou en réaction à une monétisation de ChatGPT ?
Fin de la neutralité : vers une IA guidée par le modèle économique
Quoi qu’il en soit, une chose est sûre : l’ère de l’IA neutre touche à sa fin. Demain, l’IA ne recommandera plus “le meilleur produit”, mais celui qui aura su s’inscrire dans son modèle économique. Cette bataille ne se limitera pas aux leviers d’enchères ou aux formats publicitaires : elle commence dès maintenant, avec la capacité des marques à rendre leurs produits lisibles, contextualisés et interprétables par des moteurs conversationnels.
Les premières expérimentations le montrent déjà. Que ce soit par l’intégration publicitaire directe dans les réponses ou par des dispositifs plus indirects – comme le fait Amazon en choisissant de monétiser les questions posées au consommateur dans son moteur de réponse Rufus – la recommandation n’est déjà plus un espace neutre. Une autre manière, plus subtile encore, d’orienter la décision.