Product Builder : le nouveau profil clé de la transformation IA
A retenir
- Le « Product Builder » est un profil hybride qui combine la rigueur stratégique du Product Management avec la capacité technique de construire et d’exécuter des solutions fonctionnelles, notamment grâce aux outils low-code et à l’IA générative.
- Ce rôle permet de casser les silos traditionnels entre la conception (« ceux qui pensent ») et le développement (« ceux qui construisent »), en fusionnant les phases de Discovery et de Delivery pour accélérer la création de valeur et réduire les frictions.
- Face à l’émergence de l’IA agentique, le Product Builder est essentiel pour identifier les cas d’usage, concevoir des workflows autonomes robustes et ainsi rendre la transformation IA des organisations concrète et scalable.
Il y a 6 ans, j’ai découvert pour la première fois le concept de « Product Builder » en échangeant avec des équipes de Payfit. Leur mission consistait à mobiliser le no-code pour faciliter le déploiement de leurs solutions dans les différentes zones marketing de la start-up. A l’époque, je travaillais chez B&B Hôtels, sur le développement produit de la plateforme digitale du groupe. Une architecture assez lourde : site web, app mobile, BUS de données, CRM, PMS, PSP. Rien de tout ça ne se prêtait facilement à une approche Product Builder. Et pourtant, tout l’appelait. Les enjeux de rollout étaient massifs, démultipliés à l’échelle de plusieurs marchés.
4 ans qui ont tout changé
Aujourd’hui, je vois des profils Product utiliser Lovable ou Firebase Studio pour prototyper des démos aussi facilement qu’ils se font couler un café. Ils bossent sur Cursor comme s’ils avaient 10 ans de code derrière eux. Et je ne parle pas que des Product Managers, les Product Designers aussi suivent le mouvement. La GenAI a ouvert un truc assez dingue : la possibilité de penser et construire dans le même mouvement.
Mais il y a toujours un décalage. Les outils sont incroyables, ils permettent de construire en quelques heures ce qui prenait des semaines. Pourtant, les organisations continuent de séparer ceux qui pensent les produits de ceux qui les construisent. Les premiers rédigent des specs, les seconds codent. Entre les deux : des tickets, des handoffs, des frictions et du temps perdu.
La dimension builder, c’est l’occasion de sortir de ce schéma pour mieux délivrer de la techno, mais aussi – et surtout – pour ancrer la transformation IA des organisations.
Ni product manager, ni développeur : les deux
Alors le Product Builder, c’est qui ? Ce n’est pas un product manager qui « sait un peu coder ». Ni un dev reconverti au produit. Ce n’est pas non plus un bidouilleur de POCs sans perspective de mise à l’échelle.
C’est un profil qui combine la rigueur du Product Management avec la capacité d’exécuter et de construire directement des solutions fonctionnelles. Il maîtrise les technos clés de l’IA générative et des outils low-code (LLM, workflows agentic, vibecoding) pour automatiser, prototyper vite et prouver la faisabilité. Il n’oublie jamais qu’un prototype n’a de valeur que s’il peut passer à l’échelle.
Il pense comme un product manager et agit comme un builder. Il mène la discovery, priorise par la valeur et gère les stakeholders. Mais il peut aussi, dans la même journée, prototyper une interface, créer un MVP d’automatisation métier, tester une hypothèse avec un agent IA, et démontrer qu’une idée tient la route sans attendre la prochaine fenêtre de delivery.
Et en pratique, l’effet de cette hybridation permet de rapidement sécuriser les piliers du Product Management : désirabilité, usabilité, viabilité, faisabilité. Elle accélère le delivery de n’importe quel produit – digital, data, ou IA. Et elle devient carrément critique pour scaler les produits IA (et en particulier agentiques).
L’IA agentique change la donne
Le paysage produit change. Les organisations veulent de la valeur tech incrémentale. Vite. Avec une Proof of Value (PoV) démontrée sur chaque initiative. Le Product Builder répond naturellement à ça : son hybridation casse le cycle d’attente traditionnel en fusionnant Discovery et Delivery.
Moins de handover entre la spec produit et la construction technique. Le Product Builder peut prototyper un cas d’usage fonctionnel juste après un entretien utilisateur. Il met la techno au service de la validation d’hypothèses. Concevoir un agent IA pour simuler un processus métier et obtenir un retour terrain rapide sur la vraie valeur du produit, par exemple.
Mais depuis 2024, l’IA agentique a ouvert une frontière encore plus étendue. On ne parle plus de systèmes qui répondent à des requêtes, mais de modèles capables d’exécuter des tâches de manière autonome, d’enchaîner des actions et d’interagir avec des outils externes. L’IA agit.
Le potentiel d’automatisation de workflows complets est énorme, et il s’accompagne d’un vrai défi d’intégration : identifier les cas d’usage pertinents, concevoir des workflows robustes, garantir leur fiabilité, démontrer une création de valeur mesurable et assurer une intégration cohérente dans les processus existants.
Le Product Builder, c’est la clé de cette équation. Il comprend le métier, donc le problème à résoudre. Il maîtrise la techno, donc les leviers pour y répondre et valider très tôt la faisabilité. Ça lui permet d’agir vite, de matérialiser la valeur rapidement et d’ajuster en continu. Sans ça, la transformation IA reste théorique. Avec, elle devient concrète et pratique.
Le product builder dans 3 ans
Le passage du builder solo aux équipes hybrides
Demain, ce seront des squads Product Builder + Engineer’s, qui bossent en cycles courts (2-4 semaines) pour fusionner prototype et industrialisation dès le POC. On teste déjà ce format chez Converteo en valorisant des processus agiles qui le permettent comme ShapeUp. La clé, c’est de supprimer le handoff, au-delà de juste l’accélérer.
L’IA agentique va devenir la baseline
Dans 18 mois, les organisations qui ne maîtriseront pas l’automatisation de workflows par agents IA seront dépassées. Le Product Builder deviendra l’expert de référence pour identifier, designer et déployer ces workflows à l’échelle. On verra émerger des catalogues de workflows agentiques réutilisables (un peu comme les design systems en UI/UX aujourd’hui).
Une spécialisation verticale par domaine métier
Product Builder Finance, Retail, Healthcare. Parce que la vraie valeur ajoutée, c’est la capacité à traduire une compréhension métier profonde en solutions tech. Plus le builder connaît son domaine, plus il est efficace. Un builder spécialisé en assurance connaîtra les processus de souscription, les enjeux de tarification, les contraintes Solvency II. Il livrera en quelques jours ce qu’un généraliste mettrait des semaines à comprendre.
Et ce qui ne changera pas ? L’essence du rôle. Le Product Builder restera un hybride : entre métier et tech, entre stratégie et exécution, entre vision et pragmatisme. Les outils évolueront, les spécialisations se préciseront, mais cette posture restera au cœur.
Product Builder : l’engagement de Converteo
Avec mon équipe, on a choisi d’en faire notre principal domaine d’expertise Product, convaincus que c’est un levier critique pour la maîtrise du Product Management dans les années à venir. On forme ces profils. On les déploie chez nos clients. On les accompagne dans la construction de produits IA qui passent à l’échelle. Parce que la transformation IA des entreprises ne sera pas pilotée par des stratèges qui rédigent des roadmaps depuis leur bureau. Elle sera portée par des gens qui savent construire, vite et bien.
Le Product Builder n’attend pas que la tech soit « prête » pour agir. Il n’attend pas que le métier ait « tout spécifié » pour construire. Il bosse dans l’incertitude avec méthode, et transforme cette incertitude en valeur.
La fenêtre d’opportunité est courte. Les organisations qui sauront attirer, former et retenir ces profils auront un avantage compétitif majeur dans les 3 prochaines années. Parce que l’IA n’est pas un sujet tech. C’est un sujet produit.