Le panorama 2026 de l’IA française, avec Caroline Chopinaud (Hub France IA) – Épisode 37
En 2026, le Hub France IA recense près de 972 start-ups et fournisseurs IA en France. Un chiffre qui dit autant sur l’effervescence du secteur que sur ses angles morts. Pour en décrypter les tendances, Laurent Nicolas-Guennoc reçoit Caroline Chopinaud, Directrice Générale du Hub depuis plus de cinq ans, ancienne chercheuse et entrepreneuse, aujourd’hui vigie d’un écosystème qu’elle observe avec lucidité, parfois à contre-courant.
Un observatoire unique de l’IA française
Fondé en 2017, le Hub France IA est passé de trente à trois cents membres en quelques années. Ce n’est pas un club d’entreprises : c’est une association d’intérêt général, dont la mission est d’accompagner l’adoption de l’IA par le tissu économique français, avec une boussole claire : une IA responsable, éthique et souveraine. Ses membres sont aussi divers que ses sujets : start-ups, grands groupes, PME, fonds d’investissement, cabinets d’avocats, collectivités.
Chaque année, le Hub publie sa cartographie des start-ups IA françaises, exercice devenu référence pour investisseurs, entreprises et institutions. Un baromètre que peu d’acteurs ont les moyens de produire.
972 start-ups : ce que les chiffres révèlent, et ce qu’ils cachent
La cartographie des start-ups IA françaises 2026, publiée en mars, recense 972 fournisseurs IA. La santé reste le secteur dominant, portée par des investissements massifs et un cadre réglementaire qui, paradoxalement, accélère l’innovation. À l’inverse, le BTP, la mode et la restauration restent à la traîne, moins par manque de besoins que par retard numérique structurel.
La grande nouveauté de cette édition : une question sur la souveraineté technologique. Plus de 50 % des répondants se disent propriétaires de leur modèle, et près de 90 % estiment être indépendants technologiquement. Des chiffres que Caroline Chopinaud accueille avec un scepticisme mesuré : « On sait très bien que sur toute la chaîne de valeur de l’IA, c’est compliqué d’être cent pour cent souverain. » Mais la prise de conscience, elle, est réelle — et c’est déjà une première.
AI Act : une panique qui s’annonce
Sur la réglementation, le tableau est préoccupant. Après un an et demi de travaux au sein du Hub, le constat est sans appel : très peu d’entreprises se reconnaissent dans la catégorie « haut risque » définie par l’AI Act, faute de temps, de compréhension, ou d’envie de regarder en face. Caroline Chopinaud anticipe une panique comparable à celle du RGPD. Sauf dans les ressources humaines, secteur qui a pris la mesure des enjeux bien en amont, la majorité des acteurs reste peu préparée, et espérent que l’application prendra plus de temps que prévu.
Financement : la fin de l’euphorie, le début de la sélectivité ?
Le marché du financement IA a changé de visage. Les grandes levées restent possibles, mais elles se concentrent sur des profils très précis : des chercheurs issus de laboratoires reconnus – Fair (Meta), DeepMind – avec des technologies déjà éprouvées. Le badge de légitimité n’est plus « quelle start-up as-tu fondée » mais « dans quel labo as-tu travaillé ».
Pour les start-up aux solutions transverses ou sans secteur clairement défini, la route reste difficile. Et dans un marché où plusieurs dizaines de plateformes agentiques se ressemblent, les fonds peinent à choisir. Caroline Chopinaud le dit sans détour : « J’ai vingt-cinq start-up qui font des plateformes agentiques : laquelle je finance ? »
Ce que l’IA générative fait oublier
Ancienne chercheuse en IA — elle a soutenu sa thèse en 2007, à une époque où l’intelligence artificielle était « un truc de magiciens » — Caroline Chopinaud observe l’engouement actuel avec un regard décalé. L’IA générative est utile, elle l’utilise elle-même. Mais elle regrette qu’elle monopolise les discours au détriment de ce que l’IA sait faire de plus ambitieux : maintenance prédictive, computer vision, contrôle qualité industriel.
« On a oublié les projets IA très structurants, très opérationnels. On est dans du très bureautique, alors qu’on pourrait faire tellement plus. »
Le pari de la robotique et de la physical AI
Interrogée sur les domaines où l’IA sera réellement transformatrice, Caroline Chopinaud pointe sans hésiter la robotique et la cobotique. Trop peu déployées selon elle, mais que le changement de vocabulaire autour de la « physical AI » pourrait enfin libérer, en faisant admettre que l’intelligence artificielle a toujours eu sa place dans le monde physique.
Un sujet que Changement d’Époque entend creuser dans les prochains épisodes.
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Changement d’Époque en cours est un podcast réalisé par Converteo.
L’émission est présentée par Laurent Nicolas-Guennoc.