L’IA agentique à l’échelle : la réalité des grands comptes français, avec Wafaâ Amal, CEO de Prisme.ai – #Épisode34

Podcast Agentique 21.04.2026
Par Laurent Nicolas-Guennoc

L’IA en entreprise, tout le monde en parle. Mais qui l’industrialise vraiment ? Pendant que les POC s’accumulent et que les annonces se multiplient, quelques acteurs ont franchi le cap : celui du déploiement à l’échelle, dans des organisations qui ne plaisantent pas avec la sécurité, la gouvernance ou la souveraineté des données. Décryptage avec Wafaâ Amal, cofondatrice de Prisme.ai, la startup toulousaine qui propulse la stratégie IA de EDF, Crédit Agricole, Bouygues Télécom et Air Liquide.

Une vision née en 2016, bien avant la vague

Prisme.ai n’est pas un produit de la vague IA. La société a été fondée en 2016 par Antoine Marcha, entrepreneur frustré par la lourdeur des systèmes informatiques en entreprise et convaincu d’une chose :

« le web deviendra conversationnel. »

Cette vision, exprimée à une époque où le grand public n’avait jamais entendu parler de modèles de langage, a guidé toute la construction de Prisme.ai. Plutôt que de lever des fonds et de courir après la croissance, la boîte a choisi de s’autofinancer en commercialisant des chatbots conversationnels classiques, tout en investissant en R&D dans un langage propriétaire pensé pour les enjeux de gouvernance, de cybersécurité et de souveraineté que l’IA allait inévitablement soulever. Quand ChatGPT a déferlé fin 2022, Prisme.ai était prête.

Ce que Prisme.ai fait vraiment

Prisme.ai n’est pas un fournisseur de modèle de langage. C’est une plateforme d’orchestration d’agents IA : une couche applicative qui permet aux organisations d’industrialiser la création, le déploiement, la connexion et le monitoring de leurs agents, en temps réel. Ce qui la distingue ? L’accessibilité (outil collaboratif pour tous les profils, techniques ou non), l’agnosticisme technologique (n’importe quel modèle sur n’importe quelle infrastructure, modifiable à tout moment sans régression), et l’observabilité en temps réel (typologies d’usage, fréquence, qualité des interactions).

Souveraineté : une conviction, pas un argument marketing

Leur définition : souveraineté = liberté de choix + contrôle + réversibilité.

« Il n’y a pas de souveraineté s’il n’y a pas de liberté de choix. »

Si une entreprise est dépendante d’un seul fournisseur de cloud ou d’un seul modèle de langage, elle est vulnérable – à un changement tarifaire, une rupture de service, une décision unilatérale sur l’entraînement des modèles avec ses données. La réponse de Prisme.ai : une architecture qui permet de déployer sur l’infrastructure du client, de choisir ses modèles, et de router intelligemment ses usages selon sa politique de sécurité. En France, en Europe, aux États-Unis, et même en Chine.

EDF, Crédit Agricole, Bouygues Télécom, Air Liquide : pourquoi ils ont choisi Prisme.ai

Ces clients ont répondu à des appels d’offres rigoureux, mis en concurrence Prisme.ai avec des hyperscalers américains, et ont choisi la solution française. L’observabilité en temps réel a été citée comme critère décisif : voir en direct quels collaborateurs utilisent les agents, à quelle fréquence, avec quel niveau de maîtrise. Sur tous leurs grands comptes, Prisme.ai a été finaliste face à au moins un hyperscaler… et a gagné.

Ce qui différencie les entreprises qui réussissent leurs projets IA

Après une décennie au contact des grandes entreprises, Wafaâ Amal a une réponse claire. Et elle n’a rien de révolutionnaire : les entreprises qui réussissent leurs projets IA ont exactement les mêmes ingrédients que celles qui réussissent n’importe quel projet technologique.

1. Une vision claire avec des objectifs priorisés au plus haut niveau. Un ou deux objectifs, clairement identifiés, avec le bon niveau de sponsorship, sans FOMO mais avec une vraie raison stratégique.

2. Une gouvernance bien pensée. Qui décide ? Qui valide ? Qui mesure ? Cette gouvernance conditionne le choix de la bonne solution et évite le syndrome du « on choisit là, on choisit là-bas, et on n’évalue jamais si ça marche. »

3. Une stratégie d’adoption réelle. La meilleure solution au monde échoue si personne ne l’utilise. Résistance au changement, peur de l’IA, habitudes ancrées – autant de freins qui nécessitent un accompagnement pensé en amont. Ce que Prisme.ai refuse désormais explicitement : les « machines à PoCs », ces entreprises qui accumulent des prototypes sans plan d’industrialisation.

POC ou industrialisation de l’IA : faut-il choisir ?

Pas nécessairement. Mais il faut savoir ce que l’on fait. Les clients les plus matures de Prisme.ai sont souvent ceux qui ont d’abord essayé de faire par eux-mêmes. Ils ont tenté de construire leur propre plateforme, compris ce qui était difficile, identifié les pièges. Et quand Prisme.ai leur a présenté sa solution, ils ont su en apprécier la puissance.

« Le PoC, c’est une étape essentielle sur une technologie aussi peu vieille » – à condition de le faire avec les bons garde-fous et la conscience que c’est une étape, pas une destination.

L’impact sur l’emploi : le vrai débat

« La question de l’impact sur l’emploi, ce n’est pas le sujet. Le sujet, c’est de faire en sorte qu’en France, en Europe, on ait une vraie alternative aux solutions américaines. »

Sa position est claire :

« Vous ne serez pas remplacé par l’IA. Mais vous serez remplacé par quelqu’un qui sait s’en servir. »

Mais elle va plus loin : l’IA agentique est potentiellement un levier d’égalité des chances. Rendre la compétence IA accessible à tous les collaborateurs, pas seulement aux équipes techniques. Pas par des webinars, mais en mettant les outils entre les mains de tout le monde. L’analogie avec Excel est parlante : certains remplissent des cellules, d’autres font des tableaux croisés dynamiques, d’autres du VBA. L’IA agentique suivra la même logique de démocratisation. Bouygues Télécom l’a compris : leur pari n’est pas sur la réduction d’effectifs, mais sur l’employabilité future de leurs collaborateurs.

La France dans la course mondiale : retard assumé, opportunité réelle

La France a perdu la bataille du cloud. Elle a perdu celle des outils collaboratifs. Le retard est réel et structurel. Mais sur l’IA agentique, les cartes ne sont pas encore totalement distribuées. La France a des pépites capables de battre des hyperscalers sur des appels d’offres exigeants. Prisme.ai en est la preuve.

Ce qui manque ? La préférence européenne. Si les hyperscalers américains existent à cette échelle, c’est parce qu’il y a eu une préférence américaine.

« Tous les décideurs ont un véritable pouvoir d’agir sur ce point. »

À solutions égales, choisir français n’est pas un cadeau – c’est un investissement dans la résilience technologique collective.

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Changement d’époque en cours est un podcast réalisé par Converteo.
L’émission est présentée par Laurent Nicolas-Guennoc.

 

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