IA et MMM : comment l’agentique automatise le nettoyage data et la classification créa

Article Media 04.11.2026
Hamza Senoussi
Par Hamza Senoussi
Hamza CHERGUI, Lead AI Engineer chez Converteo, intervient sur les sujets d’IA agentique et conversationnelle. Spécialiste de la mise en production d’agents intelligents, il est également impliqué sur des solutions d’IA appliquées notamment aux enjeux de Data Science et de Marketing Mix Modeling (MMM).

À retenir

  • Fiabiliser le nettoyage des taxonomies par les grands modèles de langage : automatisez le traitement des nomenclatures média hétérogènes à l’aide de prompts structurés. Utilisez les modèles de langage pour corriger les erreurs de saisie, extraire les attributs de campagne et normaliser les formats avant l’ingestion dans les pipelines de modélisation.
  • Catégoriser la qualité créative selon un référentiel standardisé : ne limitez pas vos modèles économétriques aux métriques quantitatives de dépenses et d’impressions. Analysez les flux vidéo et visuels via des modèles multimodaux pour scorer le respect des cadres créatifs (comme le framework ABCD de YouTube) et isoler l’impact de la qualité créative sur le retour sur investissement.
  • Démocratiser l’accès aux résultats avec un agent conversationnel : déployez un agent fondé sur un grand modèle de langage au-dessus de votre base de données MMM. Permettez aux équipes opérationnelles d’interroger le modèle en langage naturel afin d’obtenir des recommandations chiffrées sans manipuler de tableaux complexes.

Pourquoi la collecte et la préparation des données restent-elles le principal goulot d’étranglement du MMM ?

La préparation des données nécessaires au MMM concentre historiquement près de 60 % de la charge de travail globale d’un projet économétrique. Cette phase chronophage découle de la dispersion des sources d’information (plateformes d’achat média, réseaux sociaux, outils de web analyse, bases de facturation, outils de gestion de la relation client) et de l’absence de normes de nommage uniformes au sein des organisations.

Les gestionnaires d’opérations média (media ops) font face à des taxonomies hétérogènes où une même campagne peut être renseignée avec des séparateurs différents, des fautes d’orthographe ou des abréviations changeantes d’un canal à l’autre.

Par ailleurs, la donnée relative aux visuels et vidéos publicitaires (créas) reste souvent le parent pauvre du reporting : les fichiers exportés comportent des libellés génériques incapables de renseigner le produit mis en avant ou le style éditorial.

L’intelligence artificielle (IA) et l’agentique — c’est-à-dire l’usage d’agents logiciels autonomes capables de réaliser une suite de tâches séquentielles — apportent une solution ciblée à ce problème d’ingénierie. Elles automatisent la structuration des flux bruts et transforment des éléments non structurés en variables explicatives directement exploitables par les algorithmes de régression.

Comment les LLMs automatisent-ils le nettoyage des taxonomies média ?

Un grand modèle de langage (LLM) est un algorithme d’intelligence artificielle entraîné sur de volumineux corpus textuels, capable de comprendre, traduire et générer du texte en analysant le contexte. Dans le cadre de la préparation des données de modélisation, le modèle de langage agit comme un filtre de nettoyage intelligent capable d’interpréter des chaînes de caractères chaotiques.

Plutôt que d’écrire des règles rigides fondées sur des expressions régulières (Regex) qui se brisent à la moindre modification de syntaxe, l’équipe data soumet les exports de campagnes média au modèle via des consignes précises (prompts).

Le modèle de langage réalise trois opérations fondamentales sur les taxonomies :

  1. La correction et la normalisation : détection et rectification automatique des erreurs de saisie (remplacement des tirets du bas par des tirets du milieu, suppression des espaces parasites, alignement des casses).
  2. L’inférence et la catégorisation : déduction de la cible, de l’objectif marketing (notoriété, considération, conversion) ou de la typologie d’acheteur à partir d’un libellé de campagne incomplet ou rédigé dans une langue étrangère.
  3. L’extraction d’attributs structurés : conversion d’un texte libre en un tableau au format standardisé comprenant des colonnes distinctes pour le levier, la sous-activation, la marque et le format publicitaire.

Cette automatisation garantit un niveau de qualité constant dans l’alimentation du modèle de modélisation économétrique tout en réduisant de plusieurs semaines la phase d’ingestion de données.

Comment qualifier et catégoriser les formats créatifs grâce à l’IA multimodale ?

L’IA multimodale désigne des modèles d’intelligence artificielle capables de traiter simultanément plusieurs types d’informations, tels que du texte, du son, des images fixes et des flux vidéo. Son application au Marketing Mix Modeling permet de dépasser la simple analyse des volumes d’impressions pour évaluer l’impact qualitatif des créations publicitaires sur le chiffre d’affaires incrémental.

Les modèles multimodaux analysent automatiquement les visuels et les vidéos en les confrontant à un cadre d’évaluation méthodologique. L’un des cadres les plus répandus pour le format vidéo est le framework ABCD développé par Google pour YouTube :

  • A (Attention) : vérification de la présence d’un crochet visuel ou sonore (hook) dès les premières secondes de la vidéo.
  • B (Branding) : détection du logo, de la mention de la marque ou de la présence du produit dans le premier tiers du format.
  • C (Connection) : analyse des émotions véhiculées (sourires, ton humoristique, voix off) destinées à favoriser la mémorisation.
  • D (Direction) : identification d’un appel à l’action (call to action) clair et explicite en fin de séquence.
FLUX VIDÉO BRUT (CRÉA)
↓
ANALYSE IA MULTIMODALE

– Détection présence logo (Branding)
– Évaluation de l’accroche initiale (Attention)
– Analyse du message d’action final (Direction)

↓
CATEGORISATION QUALITATIVE

– Groupe A : Campagnes à fort score créatif (Top 20 %)
– Groupe B : Campagnes standard (80 % restants)

↓
MODÈLE ÉCONOMÉTRIQUE MMM

-> Mesure des écarts de ROI entre le Groupe A et le Groupe B

Le modèle multimodal attribue une note ou un étiquetage qualitatif à chaque création. Ces métriques sont ensuite agrégées pour créer des variables explicatives au sein du MMM. L’analyse permet par exemple de comparer le retour sur investissement (ROI) des 20 % de campagnes les mieux notées par rapport au reste du volume d’investissements.

Un cas d’usage similaire s’applique au marketing d’influence : en couplant un outil d’écoute des réseaux sociaux (social listening) à un modèle de langage, il est possible de catégoriser automatiquement des milliers de publications vidéo (shorts, reels) entre micro-influenceurs et macro-influenceurs, d’identifier les marques citées et d’intégrer ces flux qualifiés dans la modélisation économétrique.

Quel est le véritable apport de l’IA sur le processus de modélisation et la calibration ?

L’intégration de l’intelligence artificielle au Marketing Mix Modeling suscite des attentes importantes concernant l’automatisation complète de la phase d’apprentissage statistique. Il convient toutefois de distinguer les étapes où l’IA apporte un gain de productivité réel de celles où l’expertise humaine reste indispensable.

L’IA générative excelle dans l’automatisation des tâches répétitives d’ingénierie des données et dans la génération de pré-rapports d’analyse. En revanche, elle ne doit pas être utilisée pour calibrer de manière autonome les équations économétriques ou attribuer automatiquement des distributions a priori (priors) dans un modèle baisien.

Phase du projet MMM Rôle de l’IA et des LLM Intervention humaine requise
Collecte & Nettoyage Automatisation poussée (normalisation, nettoyage, extraction) Validation ponctuelle des cas d’erreur
Enrichissement Créa Traitement multimodal (scoring ABCD, classification d’influenceurs) Définition initiale de la grille de qualité
Calibration du modèle Aucune délégation décisionnelle Totale : choix des priors, arbitrages métiers, contraintes
Analyse & Restitution Génération de résumés, requêtage en langage naturel Validation des recommandations stratégiques

La phase de calibration exige l’injection de connaissances métiers propres à l’entreprise, de contraintes financières et d’une appréciation fine du contexte concurrentiel. Déléguer entièrement cette étape à un agent autonome exposerait l’organisation à des biais statistiques ou des incohérences économiques non détectées.

Comment passer d’études annuelles à un rafraîchissement trimestriel agile grâce à l’IA ?

Historiquement, le Marketing Mix Modeling était perçu comme un exercice lourd, réalisé une fois par an ou tous les deux ans en raison du temps nécessaire à la collecte et au traitement manuel des données. Cette faible fréquence limitait l’usage du MMM aux décisions budgétaires stratégiques annuelles, le rendant inexploitable pour le pilotage tactique des campagnes.

Grâce aux gains de productivité réalisés sur la préparation des flux de données via l’IA, le délai de traitement des données d’entrée passe de plusieurs mois à quelques jours. Cette accélération autorise un changement de rythme opérationnel :

  • Le rafraîchissement trimestriel : le modèle est ré-entraîné tous les trois mois avec les données récents. Cette fréquence s’aligne parfaitement sur les cycles de révision budgétaire des entreprises et permet d’ajuster les allocations médias en fonction des évolutions récentes de rentabilité.
  • L’augmentation de la profondeur d’analyse : la capacité à traiter de volumineux corpus de données permet de descendre à des niveaux de sous-leviers plus fins (distinction par objectif de campagne, par format vidéo ou par type de réseau social) répondant aux besoins des acheteurs médias (media traders).

À ce stade, on se demande souvent s’il faut pousser la logique jusqu’à ré-entraîner un modèle MMM toutes les semaines. La réponse est non : le MMM analyse des tendances historiques sur deux à trois ans. Un rafraîchissement hebdomadaire n’apporterait aucun signal statistique pertinent et injecterait un bruit de court terme néfaste à la prise de décision.

Comment démocratiser les enseignements du MMM auprès des équipes via des agents conversationnels ?

L’un des freins majeurs à l’adoption du Marketing Mix Modeling réside dans la complexité de restitution des résultats. Les sorties de modèles prennent souvent la forme de présentations très denses ou de tableaux de bord techniques dont la lecture nécessite des compétences statistiques avancées.

Pour résoudre cet obstacle d’usage, il est possible de coupler l’interface de restitution du MMM à un agent conversationnel autonome (fondé sur un grand modèle de langage) fonctionnant en environnement sécurisé. Les équipes marketing, média ou finance interrogent directement l’agent en langage naturel pour obtenir des réponses chiffrées et explicites.

L’agent conversationnel offre plusieurs fonctionnalités avancées :

  1. Le requêtage direct : l’utilisateur pose une question métier (par exemple : « Quel a été le retour sur investissement incrémental du levier Social Ads au dernier trimestre ? ») et l’agent extrait la réponse exacte à partir de la base de données du modèle.
  2. L’enrichissement contextuel : l’agent associe les sorties du MMM à des documents internes d’entreprise (guidelines médias, historiques de prix, bilans de promotions, analyses concurrentielles) pour délivrer une explication argumentée.
  3. La génération de scénarios de simulation : l’utilisateur demande une recommandation de réallocation sous contrainte (par exemple : « Comment ventiler un budget supplémentaire de 100 000 euros sur le canal vidéo pour maximiser le chiffre d’affaires ? ») et reçoit une proposition de répartition chiffrée issue des courbes de saturation du modèle.

Cette démocratisation transforme la mesure économétrique en un outil de travail quotidien pour l’ensemble de la direction marketing.

Vers l’achat média agentique : à quoi ressemblera le pilotage causale de demain ?

La convergence entre la modélisation économétrique et l’agentique préfigure une évolution profonde de la chaîne d’achat publicitaire. À un horizon de deux à cinq ans, le pilotage média s’orientera vers des boucles d’optimisation automatisées fondées sur la causalité et l’incrémentalité.

Dans cette architecture émergente, plusieurs types d’agents logiciels spécialisés interagissent au sein d’un écosystème normé :

  • L’agent d’analyse économétrique : il fait tourner les modèles de MMM, calcule les rendements marginaux par canal et génère des recommandations de ventilation budgétaire.
  • L’agent d’achat média (Acheteur) : il reçoit les consignes d’allocation, formule des requêtes d’achat et negocie les emplacements.
  • L’agent de vente de la régie (Vendeur) : il traite les demandes entrantes via des protocoles de communication standardisés (comme le protocole ADCP) et met à disposition les inventaires.
DISPOSITIF MARKETING EN PLACE
↓
(Collecte de données automatisée)
MOTEUR DE MESURE CAUSALE (MMM)

– Évaluation permanente de l’incrémentalité
– Calcul des rendements marginaux décroissants

↓
(Génération de recommandations)
AGENTIA CONVERSATIONNEL / RAG
↓
(Validation décisionnelle)
HUMAIN DANS LA BOUCLE

– Arbitrage stratégique et validation des enveloppes

↓
(Transmission des ordres)
AGENTS D’ACHAT MÉDIA & PROTOCOLES ADCP

L’humain conserve une position centrale dans ce dispositif (human-in-the-loop). Il ne gère plus les tâches d’exécution manuelle ou de nettoyage de fichiers, mais valide les scénarios proposés par l’IA et fixe les lignes directrices stratégiques de l’entreprise.

L’organisation bascule ainsi d’un pilotage fondé sur l’attribution rétrospective à une gouvernance automatisée axée sur la création de valeur incrémentale.

FAQ

L’IA peut-elle remplacer le data scientist dans la réalisation d’un Marketing Mix Modeling ?

Non. L’IA automatise les tâches chronophages de préparation de données, d’analyse créative et de rédaction de synthèses. La phase critique de calibration du modèle, le choix des variables et la validation de la cohérence économique des équations nécessitent l’expertise directe du data scientist.

Comment garantir que les données transmises aux LLM restent confidentielles ?

L’automatisation du nettoyage et de la catégorisation des données doit être réalisée à l’aide de modèles déployés dans l’infrastructure cloud privée de l’entreprise ou via des API professionnelles garantissant l’absence de réutilisation des données d’entrée pour l’entraînement des modèles publics.

Quel est l’intérêt de la classification créative par IA dans un modèle MMM ?

La classification par IA permet de créer des variables explicatives qualitatives (score créatif, respect des standards ABCD, type d’influenceur) qui enrichissent le modèle. Elle permet d’expliquer pourquoi deux campagnes disposant d’un budget identique génèrent des retours sur investissement différents.

Hamza Senoussi

Par Hamza Senoussi

Senior Manager Transformation Data & IA

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