Pixel de suivi email : comment se mettre en conformité CNIL ?

Article Data Gouvernance Privacy Réglementation 23.09.2026
laure michelot

Laure Michelot, Consultante junior Compliante Data & AI chez Converteo, est spécialisée dans la protection des données personnelles et la réglementation sur l’intelligence artificielle. Elle accompagne ainsi les entreprises dans leur mise en conformité numérique.

A retenir

  • Les pixels de suivi nécessitent obligatoirement le recueil du consentement du destinataire des courriels dans lesquels ils sont intégrés, car ce sont des traceurs au même titre que les cookies et autres technologies similaires.
  • Le délai de tolérance accordé par la CNIL ayant expiré, les entreprises qui n’ont pas régularisé leur pratique doivent respecter strictement cette obligation de collecte du consentement, sous peine de devoir totalement arrêter l’usage de ces pixels.
  • Le respect de la vie privée n’empêche pas de faire des opérations marketing performantes, mais il pousse à repenser les processus de collecte de données et les choix des outils technologiques.

 

Alors que les entreprises concentraient jusqu’à récemment leurs efforts sur la mise en conformité de leurs sites internet et applications mobiles aux règles en matière de cookies et autres traceurs, la Commission Nationale de l’Informatique et des libertés (CNIL) a décidé que le tracking invisible des courriers électroniques, via le dépôt de pixels de suivi, constitue une opération similaire. A ce titre, elle a adopté le 12 mars 2026 une recommandation pour préciser le cadre applicable et aider les acteurs à mieux comprendre les obligations qui leur incombent.

Si ce texte a suscité beaucoup de réactions, depuis le 14 juillet 2026 l’enjeu n’est plus de débattre de la règle mais de la comprendre afin de mettre en place un cadre opérationnel et des solutions techniques précises sans pour autant paralyser le pilotage des campagnes commerciales !

Les pixels de suivi, des traceurs invisibles

Les pixels de suivi sont des images de taille réduite, 1×1 pixels, qui sont intégrées dans les courriels et constituent une méthode de traçage au même titre que les témoins de connexions (cookies) ou autres traceurs.

Lorsque le destinataire du message électronique clique sur celui-ci pour le consulter, son action effectue une requête vers un serveur à distance pour que l’image se charge. Cette opération se réalise sans que l’utilisateur n’en ait conscience alors qu’elle permet de transmettre, à l’entreprise émettrice, un ensemble d’informations telles que le fait de savoir si le message a été ouvert, à quel moment, sur quel type d’appareil ainsi que la localisation approximative déduite de l’adresse IP du destinataire.

L’importance des finalités derrière l’utilisation de ces pixels

Ces pixels permettent aux entreprises d’évaluer la bonne réception des messages qu’elles envoient pour ensuite nettoyer les bases inactives mais ils sont également souvent utilisés à des fins marketing pour mieux comprendre les habitudes de consultations des messages et adapter en conséquence les modalités d’envoi et les contenus.

Dans son texte, la CNIL assimile les pixels de suivi aux cookies et autres traceurs, les faisant entrer dans le champ d’application de l’article 82 de la loi Informatique et Libertés. Aussi, il est nécessaire de recueillir un consentement libre, spécifique, éclairé et univoque avant d’inscrire ou de lire des informations sur le terminal d’un utilisateur, sauf exceptions.

  • Le principe de consentement : Les personnes doivent consentir au dépôt des pixels de mesure d’ouverture et de suivi des clics lorsque ceux-ci sont intégrés à des fins d’optimisation des activités commerciales réalisées via les messages électroniques (adaptation personnalisée des contenus, de la fréquence et du moment des envois, voire du canal).

Les cas d’exemption :

  • Il n’est pas nécessaire de recueillir le consentement des personnes lorsque les pixels déposés dans leurs communications :
  • servent à mesurer l’ouverture pour identifier les destinataires n’ouvrant plus leurs courriels et qui doivent ainsi être retirées des listes de diffusion ;
  • constituent une mesure de sécurité participant à l’authentification de l’utilisateur ;
  • permettent la conservation de la preuve d’ouverture afin de démontrer le respect d’une obligation légale de transmission de l’information.

L’adaptation des obligations à la réalité des pratiques mais un calendrier qui reste stricte

Dans sa recommandation, la CNIL prévoyait un délai de tolérance de trois mois.

Entre le 14 avril et le 14 juillet 2026, les entreprises qui déposaient des pixels de suivi dans les emails qu’elles adressaient à leur base de contacts consolidée avant la publication du texte pouvaient simplement informer les personnes concernées de l’intégration de traceurs invisibles dans les communications qu’elles émettaient et à quelles fins. Cependant, cette notification devait impérativement offrir aux destinataires la possibilité de s’opposer au dépôt desdits pixels de suivi pour les communications à venir.

Ce délai transitoire est désormais révolu. Les entreprises sont aujourd’hui dans l’obligation de respecter les règles énoncées par l’autorité de contrôle française. Elles doivent ainsi recueillir le consentement lorsque celui-ci est nécessaire, y compris à l’égard des adresses électroniques collectées avant la publication de la recommandation, dans le cas où aucun mail d’information et d’opposition n’aurait été envoyé.

En l’absence d’action en ce sens de la part des expéditeurs concernés, ces derniers doivent totalement arrêter l’usage des pixels.

Pixel de suivi email : comment se mettre en conformité CNIL ?

La mise en conformité effective, entre défi technique et enjeu de performance

La recommandation de la CNIL est venue bousculer les habitudes de nombreux départements marketing dans les entreprises et cela se comprend !

Force est de constater que le régime à appliquer concernant le dépôt des pixels de suivi est contraignant, le risque principal étant une perte conséquente de données qui permettent d’optimiser l’impact des campagnes publicitaires.

Cependant, conformité et respect de la vie privée ne sont pas nécessairement synonymes de perte de performance.  Il s’agit en réalité d’un nouveau défi à relever !

  • Il faut repenser les process de collecte de consentements ☑️
  • Il faut envisager de nouveaux outils ⚙️
  • Il faut miser sur la qualité des données consenties, plutôt que sur la quantité, pour en maximiser la valeur 📈

Certes, les changements de pratiques qu’impose la recommandation et les choix des personnes concernées qui en découlent peuvent décourager, mais il faut garder à l’esprit qu’une campagne d’emailing respectueuse de la vie privée renforce la confiance des audiences ce qui, sur le long terme, accroît la performance.

Sources

  Recommandation relative aux pixels de suivi dans les courriers électroniques, version adoptée le 12 mars 2026, Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés (CNIL).

  Webinaire de la CNIL sur la Recommandation relative aux pixels de suivi dans les courriers électroniques, Alice Darmon et Benjamin Poilvé, 28 mai 2026.

  Questions & réponses — Recommandation relative aux pixels dans les courriers électroniques, CNIL, 22 juillet 2026.

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