En février, France Stratégie, le Conseil Général de l’Environnement et du Développement Durable et l’inspection Générale des Finances ont remis au gouvernement le rapport “Pour un développement durable du commerce en ligne” [*]. En atteignant 112 milliards d’euros de ventes en 2020 en France (+8,5%) [1], l’e-commerce bat tous ses records. Et pour cause : 42 millions de Français ont commandé en ligne en 2020, ce qui représente 4 millions de colis livrés par jour [2].

Sous l’effet des confinements liés à la pandémie, la vente en ligne dépasse un autre seuil symbolique, celui des 10% des parts du commerce de détail, pour s’établir à 13,4%. Malheureusement, la croissance du e-commerce soulève désormais des questions légitimes quant à son impact environnemental et sur lesquelles il est intéressant de se pencher dans la perspective de la Journée mondiale de l’environnement du 5 juin prochain.

Tout au long du parcours client, des dispositifs énergivores (exclusifs ou non à celle-ci) permettent la vente en ligne

  • Le sourcing des produits : mondialisation oblige, les plateformes e-commerce internationales répondent à l’exigence de bas prix des clients en s’approvisionnant en marchandises fabriquées dans des pays où le coût de la main d’oeuvre est faible, ce qui implique qu’elles parcourent de grandes distances (voies maritimes, terrestres et aériennes).
  • L’hébergement du site e-commerce : l’hébergement dans le cloud de volumes de données croissants est rendu possible par des data centers. D’ici 2025, les data centers pourraient consommer 20% de l’électricité mondiale [3], notamment pour être refroidis.
  • Le stockage des produits : afin de réduire les délais de livraison, les acteurs du e-commerce se dotent d’entrepôts et d’unités de stockage qui optimisent la disponibilité des produits et les délais d’acheminement. Représentant entre 15 et 20% de l’immobilier logistique, les entrepôts destinés au e-commerce peuvent mesurer jusqu’à 60 000 mètres carrés [4] ; leurs implantations défigurent parfois les paysages.
  • L’emballage des commandes : en 2018, en France, 550 millions de colis liés à des commandes e-commerce ont été expédiés, ce qui représente 137 000 tonnes de déchets (dont 65% seraient correctement recyclés) [5]. En voulant protéger les produits expédiés et normaliser la taille des colis, les acteurs du e-commerce cèdent parfois au sur-emballage.
  • L’expédition et la livraison des commandes : d’une part, pour tenir leurs engagements en termes de délais de livraison, les camions quittent les plateformes logistiques à des heures fixes, qu’ils soient pleins, ou quasiment vides… Ainsi, Colissimo s’engage à remplir ses camions au minimum à 80% pour mutualiser les flux de livraison ; ce n’est malheureusement pas une généralité. D’autre part, 20% des livraisons n’aboutissent pas au premier passage, ce qui implique une nouvelle livraison, et une nouvelle pollution [6].
  • Les flux de retour des commandes : dans les pays membres de l’Union européenne, les consommateurs disposent de 14 jours pour renvoyer des articles achetés en ligne et être intégralement remboursés. Les acteurs du e-commerce impriment pour ce faire des étiquettes de retour affranchies qu’ils placent dans les colis. Résultat ? En France, en moyenne, 24% des commandes font l’objet d’un retour [7].

Des consommateurs néanmoins sensibilisés de plus en plus à l’impact environnemental du e-commerce

Il appartient désormais au consommateur de limiter une partie de cette pollution en adoptant un comportement responsable :

  • Dans le choix des produits : les consommateurs se montrent responsables quant à la provenance du produit. Alors que le e-commerce rend tout accessible mais pas forcément tout nécessaire, ils questionnent également leurs besoins. De la même manière, le succès des plateformes comme Backmarket, Vinted ou encore Le Bon Coin démontre l’intérêt grandissant pour les produits de seconde main, réparés et/ou reconditionnés. Enfin, sous l’effet du confinement, en soutien aux petits commerçants, les clients veulent “consommer local”, comme en témoigne cette cartographie qui référence plusieurs initiatives en région [8] :

  • Dans leur comportement d’achat : au long du parcours d’achat, le consommateur peut limiter l’impact environnemental de sa commande. Ainsi, lors d’une commande multi-produits, plutôt que de séparer les produits pour les recevoir rapidement, il peut choisir au contraire de mutualiser l’expédition. Dans le même ordre d’idées, une livraison en point retrait permet au transporteur de mutualiser le transport des commandes au lieu de desservir plusieurs contre-adresses. Demain, une estimation de l’impact carbone en fonction des modes de livraison et des transporteurs pourrait aider le client à privilégier certaines options.

Des acteurs du e-commerce qui multiplient les pistes pour limiter l’impact environnemental de leur activité

Ces pistes se distinguent entre chantiers structurants et “quick wins”.

Les chantiers structurants sont de l’ordre de l’optimisation de l’hébergement en termes de consommation énergétique, de la transition vers une supply-chain verte ou encore du lancement d’une filière de seconde main pour les produits afin de permettre leur réparation et leur reconditionnement. Ils impliquent des changements organisationnels et des investissements conséquents mais orientent le modèle e-commerce dans une configuration plus vertueuse à long terme.

Pour ce qui est des “quick wins”, ils répondent en partie aux points de douleur cités plus haut :

  • Construire un assortiment produit éco-responsable : en lieu et place des articles importés de l’autre bout du monde, les e-commerçants peuvent choisir de mettre en avant des articles produits localement, durables, réparables, reconditionnés et recyclables.
  • Améliorer la présentation de l’assortiment : afin de diminuer les flux de retour, une attention particulière peut être portée à l’information produit puisqu’un catalogue précis et enrichi réduit les erreurs de commande.
  • Proposer des modes de livraison éco-responsables : en substitut au diesel, les camions de livraison roulent maintenant à l’électricité, à l’éthanol, au gaz naturel, au colza ou encore à l’hydrogène. En milieu urbain et péri-urbain, la livraison par coursiers à vélo et autres triporteurs séduit par sa rapidité, son coût et son impact écologique neutre ! Enfin, en plus d’optimiser la livraison du dernier kilomètre, la mutualisation des flux peut également améliorer la livraison dite du premier kilomètre (stockage, emballage, préparation…). Un rapport rédigé par les Sénateurs Nicole Bonnefoy (PS) et Rémy Pointereau (LR) envisage comme solutions à l’impact environnemental de la livraison la fin de sa gratuité et l’obligation de fournir au client une estimation du bilan carbone du mode de transport choisi [9].
  • Mettre fin au sur-emballage : d’une part en optimisant la taille du colis en fonction des produits qu’il contient, et d’autre part en privilégiant les colis recyclables, voire réutilisables. Une réflexion sur l’emballage du produit en lui-même peut être menée ; destiné au e-commerce (protection), il ne remplit pas les mêmes fonctions que pour une vente en rayon (information et support marketing). Selon le spécialiste du carton DS Smith, 43% du contenu dans les colis n’est que du vide[10]…
  • Compenser l’impact carbone de l’activité e-commerce : à défaut de pouvoir optimiser leurs modèles, les e-commerçants peuvent également choisir de compenser l’impact carbone de leurs activités en investissant dans des projets vertueux pour l’environnement.

Fort heureusement, la question de l’impact environnemental du e-commerce devient une préoccupation majeure. Ainsi, selon la Fevad, “80% des e-marchands ont déjà mis en place (ou sont en train de mettre en place) des initiatives environnementales[11]”.

Sources :

[*] “Pour un développement durable du commerce en ligne”, CGEDD, février 2021

[1] Bilan du e-commerce en France en 2020, Fevad  

[2]  « 3 initiatives e-commerce pour respecter l’environnement », Viuz

[3] “Le Sénat consulte les Français sur l’impact environnemental des livraisons”, Public Sénat

[4] « Stockage des données : des solutions pour limiter l’impact des data centers », Europe 1

[5] « L’envolée du e-commerce bouscule l’immobilier logistique », Les Echos

[6] Un colis pour le e-commerce réutilisable 100 fois, Usine Nouvelle

[7]  « Pollution : le bilan calamiteux de la vente en ligne », Capital

[8] « Carte de France des initiatives e-commerce pour résister à Amazon », La Tribune

[9] Boom des livraisons: une addition salée pour l’écologie, Le Figaro, mai 2021

[10] « The Empty Space Economy », DS Smith

[11] « E-Commerce et RSE : the green deal », KPMG x FEVAD

Auteur : Antoine de Sainte Marie, Consultant Senior Converteo

 

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